Jam session au world peace café Vashisht

Il est de ces moments où la magie semble véritablement en mesure d’exister. Ce dont je vous parle n’a rien à voir avec un tour de passe-passe, une subite conversion à un mysticisme de circonstance ou bien encore à une surdose de Gandalf dans les mirettes. Rien tout ça, non ! S’il y a rencontre, c’est avec la pure beauté du moment présent, lorsque tout semble couler de source et même dépasser vos espoirs. De ses moments, ou vous êtes jusque content d’être vivant pour dire j’y étais et c’était extraordinaire. Et bien la soirée Jam session du world peace café de vashisht avait ce gout d’instantanée qui s’étire et innocemment enchante jusqu’à atteindre en certaine phase le sublime.

Au départ il n’y avait pourtant aucune, promesse, juste une invitation à venir écouter de la musique et pour ceux qui le désirait la possibilité de venir avec leur instrument. Ma chambre se trouvant juste en face du dit café, je n’avais donc aucune raison de ne pas y aller voir. Un peu de musique en live ne faisant jamais de mal, je traversais donc avec l’idée de diner et si la musique n’était pas trop mauvaise d’y passer un moment sympathique. A l’heure indiquée sur le tableau noir qui me faisait de l’œil depuis la rue, je gravis donc les escaliers et laissant mes chaussures à l’entrée, entre dans la salle où les musiciens s’échauffent. L’audience est plutôt clairsemée et plus distraite par le roulage de joint que par le joueur de tabla et son acolyte, caucasien de souche et sâdhu d’allures qui l’accompagne à la mandoline. L’ambiance est bon enfant, les faux départs nombreux, mais tout ce passe dans la bonne humeur et c’est finalement le principal. J’accueille avec appétit mon riz sauté, que relève divinement quelques petits morceaux de piment et avec lui presque simultanément l’arrivée en deux phases d’un groupe de japonais qui envelopper dans leur châle donne l’impression très distingué de venir de la pampa. Ils s’installent, nous nous saluons, puis eux aussi, plus au fait, des coutumes locales que moi, sorte leur longue feuille et commence ce qui entre leur doigt prend l’allure d’un énigmatique rituel. Le couple qui me fait face, plus particulièrement semble user de toute la distinction et de la beauté qui les habitent pour transformer leur cigarette en objet d’élévation. Elle préposée aux cigarettes la chauffe au briquet, ne s’arrêtant que lorsque la blonde est entièrement brunies tandis que lui s’affaire à l’abri des regards et avec minutie dans ce qui pour moi ressemble à un porte monnaies. L’homme prend quelques taffes, puis saluant sa compagne, lui tend le joint avec un cérémonial que je verrais refaire, non seulement par les japonais, mais de la même façon par tous les amateurs de cannabis, qui désormais on investit le lieu. Il porte l’objet de convoitise a son front puis à son cœur avant de le passer à sa voisine et donne, de fait, au geste de fumer une portée spirituelle qui me dépasse, mais le geste est élégant et participe de la communion qui semble unir les différents « convives ».

Entretemps la musique a quitté les atermoiements qui la syncopaient à mon arrivée pour prendre un tout autre essor sous l’impulsion du joueur de tabla, dont le génie, sans effort produit des merveilles au contact de la peau de ses tambours. Le sâdhu blanc, lui est plus long à venir, mais finit, aussi par afficher une certaine dextérité. L’ensemble est agréable et remplit pleinement son office. Nous écoutons, tous autant que nous sommes confiné dans la salle de la bonne musique. Rien de magique, mais de la très bonne musique, que ponctue en échos le son d’une clarinette, qui vient reprendre la ligne mélodique, dont avait jusqu’ici la charge, la mandoline. L’invitation est aussitôt lancer et après un dernier morceau interprété seul par les tablas et la mandoline. Les musiciens de l’assistance se mettent en place, une guitare, une flute, un mini synthétiseur rejoignent alors le clarinettiste et le percussionniste et le sâdhu à la mandoline. Ils s’accordent et en une fraction seconde l’ensemble est en place et monte très vite en puissance, l’osmose qui porte ce morceau imposant respect et émerveillement, la magie vient d’opérer et s’est emparé de l’endroit. La complainte aux accents Kelzmer de la clarinette apportant à l’ensemble une charge émotive étonnante et inattendue. Le morceau alors portée par la grâce s’étire, se transforme, mais aucune fausse note ne vient perturber le divin ensemble. L’audience est sous le charme, le temps passe mais ne le voyons pas, tous acquis que nous sommes à se moment de pure musique qui comme toute chose finit par avoir une fin. Enchaine alors quelques tentatives forcément en deçà, jusqu’au moment ou un nouveau guitariste s’invite dans le cercle des musiciens, il s’impose, presque, trépignant de ne pas jouer. Il doit pourtant attendre ne serait ce que par respect pour le morceau et pour les musiciens qui le jouent. Il patiente, son tour arrive et avec lui le retour de la magie qui une heure plus tôt animait l’endroit. Flamenco, Bossa nova, l’impatient aux doigts aiguisés, semble à son affaire avec tous les styles et réjouit compte tenu du niveau de sa prestation les autres musiciens qui en redemandent et rivalisent d’ingéniosités pour atteindre une nouvelle fois l’état de grâce. La magie à nouveau opère, un miracle.
Le reste de la soirée fut agréable, mais rien que pour les deux morceaux dont je viens de parler, l’un des endroits au monde où il fallait être hier soir est un petit village qui se trouve dans les montagnes au dessus de Manali et qui répond au doux nom de Vashisht. |