Le comptoir ou le trottoir
L’inde est petit monde parfois dont les images tombent à peu prés aussi vite qu’elles ont mis à se constituer. Vacuité et profondeur faisant finalement bon ménage, il faut donc prend garde aux jugements hâtifs, mais aussi ne pas prendre trop au sérieux les rencontres d’un soir ou d’un instant, elles sont ce qu’elles sont, de bref instant de communication, avec ou sans intérêt et étant amené à se répéter ou pas. Le titre de texte, m’inspirait, avant même que j’ai écrit le moindre mot, la possibilité d’une fable, il en a maintenant la morale. Une morale qui n’aura, peut être plus lieu d’être, au final mais elle pose le récit et impose un angle de lecture. Maintenant venons en aux faits, qui m’inspirent cette idée de cycle lors duquel la superficialité et une forme évidente d’humanité se mêlent jusqu’à ne faire qu’une.

Avant-hier, parti à la découverte des joies de Mc Leod Ganj , je rencontre Peter, guitariste à ses heures que j’ai déjà croisé à Vasisht et lui demande, puisqu’il semble fort au fait des mœurs locaux, s’il peut me conseiller un endroit pour diner. Il me cite alors quelques lieux, mais rien de très précis pour le mardi, le mercredi par contre, il y a de la musique dans un petit restaurant que je trouverais en descendant en direction du temple. L’info retenue, je le quitte et me trouve pour le soir même un endroit minuscule aux mets fameux qui tout le temps du repas me versera de la guimauve yéyé, tirée à mon avis de vieux enregistrement de SLC salut les copains, à moins que l’endroit en paix avec les éléments et en phase avec l’aspect sacré que donne au lieu la présence du XIVème Dalai Lama ait une dérogation et capte Nostalgie.

Mais passons car mon histoire n’a toujours pas commencé. Je vous passe les détails de ma journée sur lesquels je reviendrais sans doute plus tard. Me voilà donc au fameux restaurant, censé me nourrir aussi bien les oreilles que l’estomac. L’endroit est déjà bien rempli, mais offre encore des places au comptoir. Je me hisse donc et après inspection de la carte d’inspiration mexicano-végétarienne commande. Le lieu plutôt agréable, est en accord avec la carte. Des percussions sont à dispositions et peu à peu si ce n’est déjà fait, l’endroit se remplit d’une belle brochette de ce que Mc Leod Ganj a de plus cool en réserve. Dreadlocks, tatouage, piercing et autre barbe d’inspiration hippie, tout ce petit monde se côtoie et se salue de poignées de main biscornues avant de s’oublier aussi sec, chacun retournant dans sa sphère d’influence, au sein du groupe qui le verra exister. La musique est longue à se mettre en place et du haut mon perchoir, j’entame mon second verre d’apple limonade (jus de citron, bicarbonate de soude, jus de pomme et eau filtrée), mais elle arrive, discrète, presque timide ayant du mal à se faire entendre au milieu du brouhaha des conversations. Rythmes bluesy ou reggaes, rien de transcendant, comme me le confirme le fameux Peter au moment de son départ, d’un ça manque de magie, référence à la fameuse soirée au world peace café dont il était. Ce à quoi je lui réponds que ça a un petit côté camp scout. Il s’éclipse et moi, dans la foulée ou presque, aussi.

C’est alors que remontant en direction du calme de mon hôtel, je croise une tribu d’irréductible buveur de bière qui assise sur des marches les pieds dans le caniveau papote et m’interpelle. L’abord est plutôt jovial je m’arrête donc pour discuter et fais ainsi la connaissance des membres de la tribu. Daisy, petite blonde du sud de l’Angleterre est la seule fille du groupe, c’est aussi la plus expansive et la plus enjouée, par nature ou du fait de son penchant typiquement british pour le houblon, impossible de savoir, mais sa compagnie est agréable. James est l’autre anglais du groupe que le manque de confiance en lui amène à parler musique, puis de comiques dont seuls les anglais ont le secret et le garde bien, puisque seul lui et Daisy, lors de cette commémoration, ont alors été apte à renchérir et à se gausser de référence, qui me dépassaient mais dépassaient aussi les canadiens et l’australien. Mais continuons le tour des membres de cette confrérie des buveurs avec Edward, le doyen et le membre plus distingué de la troupe, l’homme est australien et vient d’Adélaïde, sa conversation est charmante, un peu décalé en comparaison des rires de la jeune garde, mais il a sans nul doute sa place sur les marches au côté de ses compères. Enfin le petit groupe, compte en son sein, deux canadiens, l’un repérer plutôt lors du camp scout et dont j’apprends qu’il se prénomme Colin et enfin le trublion et l’axe central du quintet, Jonathan, dont les pitreries et autres blagues assurent l’alchimie qui unit le groupe, mais aussi le contact avec l’extérieur, la rue et les personnes qui remontent par groupe de la piètre Jam session. Je profite donc du réapprovisionnement pour aller me chercher une bière et m’installe en compagnie des joyeux drilles sur le trottoir. Colin ramène une guitare et commence une version bis du feu de camp. Privé de son décorum et d’une quelconque posture, nous apprécions tous autant que nous sommes, le seul fait de ce moment partagé auquel se rajoute, Marie claire, la québécoise et deux tchèques répondant au nom de thomas et lukas. C’est alors, une plaisante suspension du temps, faîtes de discussion plus ou moins hachée, de guitare et de chansons. Les locaux curieux de cet attroupement, nous salue. Certain même s’arrête. Deux indiens en particulier impose leur présence et entreprennent Daisy jusqu’à ce que le ton monte. Les tentatives d’explications de Daisy et de Jonathan pour calmer les ardeurs des indiens et tenter d’expliquer que le fait qu’elle soit blonde ne signifie en rien une absence, de volonté, d’intelligence et est encore moins la porte ouverte à tout et n’importe quoi. Fin de l’épisode, le soufflé retombe, Daisy visiblement déstabilisée, par ce manque d’égard et de respect dont elle semble souffrir régulièrement depuis son arrivée en Inde, en a gros sur le cœur. Elle s’explique et donne du fait de son ressentiment une profondeur toute nouvelle à ce rassemblement qui jusqu’alors voletait sur un petit nuage imbibé de bière locale. La tension retombé, la soirée retrouve le court qui était le sien et regagne peu à peu en légèreté, jusqu’à ce que deux autres indiens s’arrête et soit accueillit avec méfiance. Il est alors près d’une heure du matin, Ils se joignent au groupe et moi je lève le camp, soucieux de regagner ma chambre en espérant ne pas trouver porte close.

Mes doutes se trouvant bien réels une grille m’interdit l’accès à ma chambre et je dois réveiller le portier, pour finalement rejoindre mes appartements. Fin de l’histoire en ce qui concerne. Fin plus tendu, pour ceux resté, sur le trottoir, mais je n’étais pas là et les versions divergeant, je me garderais bien d’un quelconque commentaire. Le comptoir ou le trottoir, la balance penche en faveur du trottoir tout en sachant que si l’instant était agréable il ne m’a fait qu’effleurer la substance, de ces occidentaux, en quête, d’ailleurs, de spiritualité, mais aussi d’alcool. Et les retrouvailles du lendemain compte tenu des événements de la nuit dont j’étais absent ne m’ont pas offert l’opportunité de creuser dans la carapace de chacun pour connaître les personnes qui m’ont accueillies sur leur bout de trottoir et avec qui j’ai passé quelques heures en dehors du temps.

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