Puskar

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Si la ville semble réjouir des tribus post hippies pour qui les marchands du temple on tout prévu jusqu’au Bang Lassi et aux Chocolat balls truffé de Marijuana, elle a en ce qui me concerne l’image d’une madone en état de putréfaction avancée dont on ne sait si les airs qu’elle se donne et l’orthodoxie qu’elle s’invente sont destinés à préserver le peu de pureté qui lui reste ou au contraire à masquer la dégénérescence qui la gangrène. Mélange malsain de religion et de mercantilisme prosélyte, Pushkar avec ses 400 temples et son lac sacré, si elle a, pour certain, des vertus spirituelles demande toutefois d’énormes préalables pour que le sacré opère et que les superstitions trouvent une raison d’être aux pûjâ, réalisés aux forceps, destinés à vous soutirer quelques menues monnaies. Béni soit le père, la mère, les frères et les sœurs, oh, oh, ce sera le bonheur. Par ici la monnaie, dix roupies seulement, « pourquoi, vous n’aimez pas vos parents ? » Le « prêtre » qui officie et bénit à la chaine, n’a alors même pas la décence d’attendre que vous soyez parti pour annoncer la couleur de ses gains à ses rabatteurs qui se chargent de vous imposer des fleurs à offrir au lac au nom d’un respect, dont, dans mon esprit, leur attitude montre qu’ils n’ont que faire. Le refus de rentrer dans leur jeu en acceptant de prendre le cadeau empoisonner qu’il tente de vous mettre entre les mains constitue alors une raison, pour qu’ils montent, tout rabatteurs qu’ils sont, sur leurs grands chevaux et vous affrontent si ce n’est physiquement, au moins verbalement au nom de ce fameux respect avec lequel ils s’emmêlent les pinceaux dès que vous leur expliquer que vous avez trop de considération pour la croyance de ceux pour qui c’est important, pour vous plier à ce qui  ne peut être qu’une mascarade,  puisque, vous n’êtes pas hindou et, ce que je n’ai évidemment pas dis, résolument athée. Et au final, vous vous entendez dire, que ce n’est pas une question de religion. Qu’est-ce alors que ce rituel qui attire les touristes au bord du lac et en catimini les invite à réciter des mantras ou se mélangent, sanskrit (?), hindi ( ?) et les noms de vos proches ? De la superstition ? Une arnaque ? La délivrance du passeport de Pushkar comme le nomme, les divins douaniers dont il n’est même pas sûr qu’ils soient brahmanes ?  Le scénario est connu et on le retrouve en de nombreux endroit en Inde, au Sangam à Allahabad où au Kali Temple de Calcutta, par exemple, en ce me concerne. Hors de question donc de rentrer dans leur jeu.

Je n’avais, toutefois jamais vu autant d’agressivité pour vous forcer la main, qu’autour du lac de Pushkar et plus généralement autour de tous les lieux sacrés que renferme la ville. Au point que les conversations tendus entre occidentaux et ceux qui vous soldent Brahma, sont communes et font partie de l’animation au même titre que le bain des fidèles. Le petit vendeur d’encens, de dix ans à peine, qui suit l’exemple de ses ainés, tentera donc, au nom de ce satané respect, de me mettre, coûte que coûte, entre les mains sa marchandise. Le respect qu’ils ont à la bouche aussi facilement qu’un crachat, n’étant en définitive qu’un argument vente.

La lecture terre à terre de ce lieu « sacré ». Sous l’angle de l’humain par conséquent, plus que sous celui, qui définitivement me dépasse, du spirituel à toutefois, quelques vertus, même si personnes à mon avis n’en sort grandi tant la mesquinerie autant que l’incompréhension hantent les lieux.  Loin de la pureté qu’est censé porter le lac, l’homme, faible personnage, est fait d’un bois dont la flexibilité, l’amène à des contorsions dont il n’a en général, même pas idée. Les œillères qu’il s’impose, l’accompagnant dans l’accomplissement de ses vils instincts. Les ghâts, les marches qui mènent au lac sacré et y gagnent de ce fait une part de sacré, elles aussi, offrent ainsi le spectacle d’enfants qui plongent, à un mètre à peine d’une cérémonie religieuse, pour récupérer quelques roupies offertes au plan d’eau en échange d’une bénédiction. Des adolescents qui avec un plaisir résolument sadique, y donnent la chasse aux chiens errants et moribonds qu’ils battent avec délectation à grand coups de bâton, dans lesquels ils placent, c’est une évidence tout ce qu’ils ont de virilité. Mais aussi des touristes qui sans scrupules prennent des photos de femmes qui s’en remettent au lac pour quelques ablutions ou un bain, leurs corps avachis marqués par les efforts qu’a demander leurs vies. Petit rayon de joie, la procession d’écolière qui rapidement s’inclinent et se recueillent sans toutefois se départir de leur fougueuse jeunesse ou, des liens qui unissent telle et telle. Les copines qui se tiennent par la main, cherchent à accéder à l’eau sacrée ensemble, puis repartent, comme elles étaient venues, au pas de courses. Un chien profite, pendant ce temps d’un instant de répit, à l’abri de ses tortionnaires pour se nourrir d’une bouse de vache encore chaude. Quelques bougies, ça et là, éclairent de leur maigre lumière, le plan d’eau. Et à l’écart des touristes se prennent le bec, encore une fois, avec un distributeur automatique de fleurs, dont bien évidemment ils n’ont que faire, à moins qu’au fait des coutumes locales ils anticipent le racket des prêtres et s’y refusent.

Le retour, vers la guest house qui, dans mon cas, à l’écart de l’agitation offre un ilot de calme, vous donne, alors l’occasion, d’une haie d’honneur dont vous êtes le héros. Les commerçants qui cherchent à attirer votre attention vous haranguant pour présenter le peu d’originalité qu’offre leur boutique, semblable qu’elle est à la précédente ou à celle que vous pourrez rencontrer à Jodhpur, Jaipur ou Delhi.  La rue toute entière dédiée à l’argent, loin d’offrir une quelconque identité s’est résolument prosternée pour séduire les portes monnaies des travellers et autres occidentaux de passages. Les pauvres marchants de légumes qui, à même le sol, tentent de vendre leur marchandise font, dans se cadre qui se veut tout à la fois clinquant et décontracté, presque taches.

Heureusement le fait de prendre de la hauteur, au sens littéral du terme avec l’ascension du mont au sommet duquel est perché un temple dédié à Savitri, première femme de Brahma, permet de relativiser beaucoup de chose et de rêver Pushkar. La petite ville enclavée au milieu des protubérances géologiques qui de toutes parts la dominent, à depuis les cieux une allure presque fragile. Œil ouvert, vers l’inconnu, dont le bleu contraste avec la paupière qui le souligne. Son blanc, de chaux ou de peinture mural, loin du seul maquillage, a, en ce qui la concerne, des vertus curatives et repoussent un peu de l’agression du soleil, pour permettre aux habitations de conserver en leur sein un peu de fraîcheur, qui tempère le climat surchauffé qui sévit à leur porte. Les quelques minutes de calme, avant la tempête qu’a constitué l’arrivée dans le temple d’une famille indienne au grand  complet, avec son lot de conversation à voix hautes, l’interpellation des membres entre eux ou les hourras à l’arrivée de la grand-mère, me permettent d’apprécier la beauté du site comme de ses alentours et donner si ce n’est raison, au moins comprendre un des arguments utiliser par l’un des prêtres pour vous faire baisser la garde. « Il s’agit d’un lieu sacré et non d’un moulin que l’on visite ». Mais la solution dans ce cas est simple, il suffit d’interdire ou tout au moins de limiter l’accès des touristes au lac. Cela permettrait, c’est quasi-sûr, de faire le tri et de séparer le bon grain de l’ivraie.

Mais en attendant cette restriction qui permettrait, s’il n’est déjà trop tard, de sauver un bout de la madone désœuvrée, elle offre le spectacle d’une corruption ambiante à laquelle elle donne l’occasion de s’épanouir au grand jour et de proliférer. Les détracteurs de la cité rajahsthani, eux aussi chaque jours plus nombreux, ne se gênent pas, pendant ce temps, pour dire, à des centaines de kilomètres à la ronde, tout le mal qu’ils pensent, de celle qui fut, peut être, mais n’est définitivement plus respectable. Un bémol, toutefois dans ce qui peut apparaître comme un réquisitoire, la nuit, permet sur certain ghât de jeter un voile sur les malversassions de la journée et d’y drapée la belle pour qu’elle retrouve un peu de son charme candide. Dommage qu’il ne s’agisse que d’une respiration nocturne.

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