Goa:la Madone et la Putain

Du peu que j’en ai vu Goa offre un visage ambivalent tout à la fois empreint de pureté mais aussi non exempt de vice. Sûre des bases catholiques qui l’ont dessinée, elle est ainsi prête à se vendre la première occasion venue. Le médaillon qui la protège et d’une certaine manière l’auréole, lui sert alors tout juste de cache sexe d’importation, bon à masquer quelques poils sur une peau qui si elle est tannée est le produit d’excès de soleil et non issue de l’influence sur la pigmentation d’un code génétique inscrit depuis des générations et particulier aux indiens. Les petites routes ombragées par les cocotiers qui contribuent pour une bonne part au charme évident qui transpire de cet ilot de plaisir avec vue sur la mer, constitue la plus agréable des transitions entre les deux personnalités en tout point opposé qui habite ce corps paradisiaque. La douce schizophrénie qui habite le lieu ne semble pourtant en rien le gêner comme si la pureté de son cœur, de Panjim la capitale ou d’Old Goa, était indifférent aux excès qui animent son épiderme ses plages autant qu’ils en font sa renommée.

L’épopée sous acides des premiers hippies l’a durablement nimbé d’une aura de liberté bien différente de la rigueur des églises d’influence gothique portugais qui par ailleurs trône sur la petite province Indienne. Le foisonnement des couleurs arrivées en bus Volkswagen depuis l’Europe, via la Turquie et le Pakistan s’étant très vite imposé avec ses rites hédonistes, dans le voisinage plus austère d’un passé imposé par d’autres conquérants animé d’ambition toute autre au début du XVIème siècle. L’évangélisation en bandoulière, les missionnaires ont alors suivi les armées et imposer ce que leurs enfants un peu plus de quatre cents ans plus tard, s’en remettant aux fleurs auront le soin de rejeter en block. L’histoire de la société occidental sur un périmètre relativement restreint, se trouve, là, d’une certaine façon, résumé entre l’orthodoxie martiale et colonisatrice des pionniers et une jeunesse qui désormais en attente de pleine lune synonyme de bacchanale sur la plage, emploi le peu d’énergie dont elle semble capable à s’oublier et au moins pour un temps laisser le monde tel un cour d’eau s’épancher sans même daigner y tremper un doigt de pied pour en sentir la température.

De ceux dont les écritures fixaient le sort du monde et les décidaient à l’exploiter selon leur seul convenance à ceux qui font désormais le choix d’uniquement en jouir et espère se trouver dans l’oubli d’eux même se sont tournées quelques pages dont les vestiges éclairent encore ce petit bout de terre indienne, devenu lieu de villégiature rêvé pour bon nombre d’occidentaux de passage en Inde et quelques autochtones envieux de leur ressembler. La plage d’Anjuna lorsque vous la parcourez vous parle alors avec éloquence de superficialité, de suffisance même parfois, que les dollars et autres devises, permettent d’élever dans les stratosphères où leur pouvoir d’achat leur permet d’aller. A quelques pas du parking et des rochers infestés d’ordures où les indiens s’arrêtent, un petit chemin de terre balisé par les marchands d’une seule saison, celle révolue des fleurs, bifurque et vous amène la plage presque sur un plateau. La descente en pente douce, vous entraine en effet presque malgré vous au milieu d’un champ de T-shirt Tie die et autres vêtements bon marché inspirés des anciens visiteurs qui leur liberté comme étendard ont façonnés durablement son esprit auprès de génération d’occidentaux qui s’y pressent en quête d’une pleine lune à la lumière de laquelle ils pourront jusqu’au bout de la nuit et plus si affinité faire la « fête ». Mais en attendant que la transe s’empare de l’endroit le chemin que protège de leur ombre des cocotiers, descend jusqu’à un premier café ou les clients tranquilles sirotent thés et bières avec autant de nonchalance tandis que la plage face à eux s’ouvre et révèle le peu d’originalité de son spectacle. Des occidentaux, sur des transats, à l’ombre d’un parasol ou à même le sable, tout occupé à se faire dorer, saupoudre la plage de leur blancheur tandis des indiens au petit soin déambulent et proposent leurs services et ainsi contre quelques roupies accompagnent la fainéantise de ses néo-colons pour peu qu’ils le désirent. Paréo, bijoux, ananas fraîchement coupés ou bien encore massage ainsi que l’éternel tchai sont alors servis par des arpenteurs dont la peau foncée sous leurs vêtements est une évidence, tandis les privilégiés, à demi-nus, qui ont choisis d’être bercés par de la musique électronique et de se la couler douce sur un transat ont le droit en plus aux faveurs du personnel du café qui dans leur dos leur à louer la couche sur laquelle ils lézardent. Etrange impression à la vue de ce petit bout d’Inde dont les enfants sont invités à jouer les silhouettes pour laisser aux étrangers venus des quatre coins du monde, la possibilité d’être chez eux. Rien ne diffère en effet Anjuna du spectacle des plages de la côte d’azur ou de la costa del sol, si ce n’est peut être les cocotiers et surtout la température et le soleil au beau fixe en ce mois de novembre qui dans cette partie du globe ne connaît pas l’hiver.

Joueurs de raquettes avides se faire remarquer, défilés de bikini et variétés des corps qui s’en remettent aux soleils garnissent ainsi le sable de leur présence, que le contrepoint d’une vache du coin, elle aussi fort occupée à se faire dorer bercée par la musique du ressac rendent presque originale de par l’incongruité dont l’Inde dans toute sa complexité, tout à la fois triviale et sacré, vient se rappeler à ses hôtes. Un café puis un autre qui tous usent et abusent des mêmes arguments pour attirer à eux l’argent de quelques poissons. La plage s’étend ainsi sur des centaines de mètres dont chacun permet de relativiser la notion même de voyage. Le lieu n’est pas désagréable, mais je m’en retourne vers Panjim sans regret. Ce n’est ni plus, ni moins qu’une plage.

En comparaison des plages que tous recherches à Goa, Panjim, la capitale de la région, offre un cadre tout à la fois original et agréable, dont le cœur est une cathédrale tout droit sortit de l’iconographie pavlovienne du Brésil. Un petit air d’Amérique du Sud affleurant au détour de telle ou telle maison basse. Panjim, n’est pas grande, mais offre un cadre paisible dans lequel il fait bon se balader, arpenter les rues et s’imprégner de leur ambiance. Rien en particulier pour attirer votre regard, mais l’ensemble offre une très plaisante impression. Le détour par un des restaurants qui proposent de la cuisine goanaise rend plus délectable encore, ses déambulations dans ce petit bout d’Amérique du sud ou du Portugal, désormais fermement enraciné sur les côtes indiennes. Le vindaloo entre autre pour les amateurs de plats hautement relevés, s’il vous procure quelques suées n’en reste pas moins exquis, les feux de l’enfer qui vous titillent les papilles à sa dégustation, vous ouvre, au final, les portes d’un escalier qui vous mènent tout droit au paradis.

La madone fière de son illustre passé au cœur duquel son fils à tendance à se perdre parmi les dorures vous ouvre, la porte de sa maison dont la charpente en bois contraste avec la surcharge de luxe qui maquille les icones dispersées dans la basilique. Vestiges d’une ère révolue ou le catholicisme était roi en terre hindoue, Old Goa vit désormais, sur ses beaux restes. La nature luxuriante et généreuse si elle participe à la paix de l’endroit reste pourtant par endroit canalisé de manière à permettre à la vieille dame de rayonner sur l’ensemble de la province et ainsi racheter un peu des turpitudes de ses petits, qui tel des brebis, s’égarent des principes sur lesquels elle a été édifiée. La rigueur toute janséniste du patron de la guest-house ou je logeais et son rejet de la vie qui sur les plages explosent de partout, achevant de poser l‘antagonisme entre les deux visages, qui forcés cohabitent et d’une manière, aujourd’hui la fondent.

Qu’elle se nimbe d’un voile à l’excessive pudeur ou qu’au contraire qu’elle s’affiche dans un paréo au couleur chatoyante qui aura vite faite de voler pour attirer à elle tous les regards Goa garde en elle, entre luxuriante exubérance et sainteté, un aspect magique qui, sûrement envoute. Reste ensuite à chacun à trouver son petit coin de paradis parmi la grande diversité qu’offre cet ancien petit bout de terre portugais que la mer d’Arabie, vient bénir de son ressac.



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