Bundi ou le paisible royaume des singes

Au sortir des griffes de la madone dont les oripeaux tous sacrés qu’ils soient en font fuir plus d’un, Bundi, offre une agréable poche de respiration dans ce Rajasthan qui conscient des merveilles dont il regorge entend vous le faire payer au prix fort entre un bonjour et un au revoir tout aussi expéditif qu’intéressé. Aujourd’hui, Jaipur, demain Jodhpur et dans trois jours Jaisalmer ou Udaipur, la course qui par agence de voyage interposée se livre ne permet pas aux marchands de mémoire et cadeaux en tout genre la gratuité d’un sourire ou d’un brin de discussion. L’arrivée à Bundi, dans ces conditions parce que la ville constitue une halte sur des chemins buissonniers laisse aux voyageurs l’occasion de se poser.

La petite ville à proximité de Pushkar, pour peu alors que vous en acceptiez le jeu, séduit à tel point par son hospitalité que les quelques touristes arrivés en car climatisés et égarés là pour une seule journée y apparaissent, décalé, pour ne pas dire perdu, tant le lieu se prête à un autre type de rythme que la course. Bundi est certes une petite ville, mais, à découvrir ses ruelles, elle prend vite des allures de villages dont devenez aussitôt le héros. Les étrangers n’étant pas légion, si vous laissez au temps la possibilité d’intercéder en votre faveur, la gratuité d’une poignée de main, d’une discussion, lorsqu’il ne s’agit de s’installer ou de visiter la maison d’untel ou d’un autre sont vite venus. Une fois reconnu, le naturel de ses rapports s’installe alors sans même que vous y preniez garde et fait que vite vous n’êtes plus considéré comme une attraction mais comme un hôte avec qui il fait bon échanger trois mots ou plus si la conversation s’y prête.

Le reste du temps le jardin et surtout le restaurant du lake view paying guesthouse, invite à la lecture et une fois encore aux rencontres, à la discussion qui aura de forte probabilité de se faire, cette fois en Français. Bundi si elle n’a pas le passé de Pondichéry, bénéficie en effet d’une gloire toute francophone, à savoir un article élogieux dans le guide du routard, qui amène à elle une grosse majorité de français qui tous se délectent de cette paisible retraite, que perturbent juste quelques singes, désireux de s’inviter à votre table et signes avant-coureurs de ce qui vous attend plus haut dans la citadelle qui, encore une fois, domine la ville.

Le palais et le Chitrasala qui pourtant savent jouer de leur charme et séduisent notamment du fait des splendides peintures murales qu’ils renferment n’en constituent, a posteriori, pourtant pas moins que des étapes sur le chemin qui vous fait passer du touriste à un Indiana Jones en puissance près à braver après une petite ascension la surprise qui vous attend de l’autre côté de la porte en bois au-dessus de laquelle trône une sentinelle à la longue queue qui négligemment assise ne daigne même pas vous porter un regard tant il est certain que King Louis saura vous recevoir, vous l’intrus d’un royaume abandonné par les hommes et depuis devenu résidence des singes. La porte du Taragarh que vous franchissez alors en courbant l’échine vous place de fait dans la position des primates qui presque aussitôt vous renvoient leur reflet et vous encerclent tandis que vous avancez d’un pas peu rassuré. Par dizaines, courant devant vous ou bien sur les hauteurs la moindre parcelle de votre champ de vision semble désormais investit par les singes. Le chemin que vous vous se frayez dans ces conditions, un bâton fermement en main en prévision d’une possible attaque, vous amène au gré de vos pas à découvrir les vestiges de ce fort tout en gardant bien à l’esprit que vous êtes tout juste toléré, comme vous le rappelle un mal dominant qui protégeant le passage de petits montre les dents. Ils sont désormais des centaines à se déplacer en meute au milieu des buissons pour vous évitez comme vous vous en méfiez. Une porte à moitié défoncée vous permet alors de pénétrer dans l’un des bâtiments que vous avez la joie presque enfantine de découvrir, avant d’en gravir les quelques escaliers encore présent pour prendre de la hauteur, observer les mouvements des singes mais aussi vous repérer de manière à rejoindre le point culminant et ainsi bénéficier de la vue. Mais avant de rejoindre ce qui ressemble à un observatoire en haut duquel il sera possible d’embrasser d’un regard la beauté de Bundi depuis ses hauteurs, il faut toutefois ressortir et slalomer au milieu d’épineux buissons autant qu’éviter les sujets de roi Louis qui en grappes vivent leur vie. Ce mini parcourt du combattant qui vous fait naviguer à vue en vaut toutefois la chandelle, tant la vue depuis les hauteurs est somptueuse et permet non seulement d’avoir une vue d’ensemble de Bundi, mais aussi d’apprécier des environs vallonnés et de découvrir un court d’eau qui parachève le sentiment de plénitude qu’offre le panorama depuis ce promontoire. Cela vous permet de relativiser et vous rappelle, alors, que par moment la beauté tient à peu chose.

Un rien de simplicité, une bonne dose d’authenticité dans les rapports avec la population, et avec ses ingrédients sans chichi, cet ancien royaume dont les singes sont désormais les roi, vous concocte un plat de fête qui invite à se resservir encore et encore, jusqu’à ce que vous y restiez facilement une semaine ou plus parce qu’il arrive que l’intérêt d’un voyage soit aussi dans l’immobilité, juste pour vous laisser la possibilité d’apprécier ce qui peut venir à vous. Bundi offre ce luxe, dans une région où vous êtes sans cesse sollicité et donc amener à bouger. Tout est ensuite question de timing, mais si prenez le temps de ce petit détour entre Jaipur et Udaipur, peut être que, vous aussi, vous tomberez sous le charme de Bundi.





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