Le meilleur chemin pour aller de Mandu à Jalgaon n’est définitivement pas la ligne droite.
Les joies du voyage en Inde réservent parfois quelques surprises et surtout vous apprennent vite que le meilleur moyen si vous partez d’un point A et relier un point B n’est pas forcément la ligne droite. Les voies qui m’ont conduit de Mandu à Jalgaon si elles ne sont impénétrables m’ont, tout de même, demandé d’ouvrir quelques portes dans la perception pour en venir à bout.
Mais, plus que mes élucubrations le mieux est sans doute que nous revenions à la genèse de ce périple qui m’a pris toute une journée et fait emprunter cinq véhicules différents pour faire les moins de deux cent kilomètres qui séparent mon point A de mon point B. Mandu de Jalgaon. Sur la carte rien de plus facile, c’est à peine la moitié d'une phalange de petit doigt.
Au commencement, donc, il y eut un réveil aux aurores et en fanfare dont l’Inde est familière, mais auquel il est toujours un peu difficile de se faire pour nos esprits douillets d’occidentaux. La « famille » indienne au sens très élargi du terme et au grand complet qui à grand renfort de matelas s’est entassée dans la chambre voisine de la mienne, a commencé à s’activer le soleil tout juste en action et, comme chez elle, à ouvert la bouche, qui sait, peut-être même avant d’avoir ouvert un œil. C’est du moins ce que je suppose, parce que lorsque leur dialogue à destination du tout Mandu a explosé il m’a paru, pendant de longues minutes, impossible d’accomplir naturellement ces deux actions pourtant simples, simultanément. Je suis bien incapable d’affirmer quoique ce soit avec certitude, vous pouvez le comprendre, vu que mes yeux étaient, eux, alors fermés et mes oreilles je le pensais aussi, mais la nature à mon avis parle d’elle-même et abonde, c’est certain, dans mon sens. Leur show a commencé par une ouverture en voix off avant que le rideau ne se lève pour eux. L’intervention du tenancier des chambres sommaires avec vues sur jardin du Maharaja hôtel, ainsi que les encouragements qu’il distillait sans se soucier de l’hypothétique sommeil de ses autres clients, pour que la pièce en Hindi, à haut volume, et sans sous-titres réveille jusqu’au coq qui s’il n’avait prévu son coup et pris les devants, a, comme moi, profité de cette heure indue pour faire sa valise et quitter Mandu la calme.
Sept heures avait tout juste sonné que chargé de mes deux sacs je commençais, mon périple par une petite marche qui m’amena jusqu’au centre du village qui, tout à son sommeil, ne rayonnait pas encore du peu d’activité qui en général compense le manque aussi charmant que flagrant d’électricité dans la bourgade. Un vieux bus ouvert et tout déglingué qu’un des rares vivants alors croisé m’indiqua être le mien, m’attendait, tranquillement, sur la place. Son souffle imperceptible et sa physionomie, évoquait à le voir le sursit avant le cimetière des éléphants, mais son conducteur, sans plus de manière, se chargea de le ressusciter à 8 heures tapantes, soi une bonne demi heure après que j’y ai posé mes fesses pas encore réveillées et que de mon piédestal rafistolé et par endroit ajouré j’assiste à l’ouverture de la première boutique. Un jeune homme saluant avec la manière et moult révérence au divin le rideau de fer pour qu’il s’ouvre. A moins que le jeune agenouillé ne souhaite de cette façon attirer, c’est aussi possible, la prospérité sur sa boutique.
La journée commençait et moi, le frétillement du moteur en action me remontant dans la moelle épinière, j’entamais mon long voyage. Les 9 roupies demandé par le contrôleur chargé des billets me mena alors en dehors du village sur une longue descente tout en circonvolutions et autres épingles à cheveux jusqu’à l’intersection de deux routes où l’on m’indiqua qu’il fallait que je descende. Le pied à peine touché terre et le rouge un peu passé de mon car grabataire disparu des voix me hélèrent d’un « Dhamnod, Dhamnod » sorti de nulle part jusqu’à que j’aperçoive un jeune homme et dans son dos un double déformé par un miroir peu reluisant qui m’invitaient à me presser et à les suivre. Le pâle reflet, rejoignis alors, mon sac sur son dos, le toit du bus qui, prêt à partir, n’attendait plus que moi. Une fois à l’intérieur du bus déjà bien plein, je n’eue plus alors qu’à m’inventer une place suffisamment stable pour ne pas m‘écrouler au premier virage. C’est ainsi que fermement campé sur mes jambes, mes fesses contre une vitre à l’arrière et m’accrochant à ce qui me tombait sous la main j’ai rejoint ce qui ne fut que la deuxième étape de mon épique voyage. Le car bondé eut toutefois, pour lui, la bonne idée de diffuser lors du trajet, quelques succès made in Bollywood dont la musique du très bon Fanaa, qui chargèrent les deux heures que j’ai passées debout des couleurs d’un cinémascope Bombayites. La campagne traversée, tout du long, mais aussi la grand-mère qui monta dans le bus avec un panier qui se révéla vivant dés qu’elle envisagea de trouver une place, improbable, où le poser. Les volatiles, qui nichaient à l’intérieur, recouverts d’une maigre couverture, même s’ils se montrèrent particulièrement calme, signalant ça et là leur présence de quelques piaillements qui donna à l’ensemble un parfum couleur local, plus que criant. La musique, diffusé, pendant ce temps, par un haut-parleur juste au-dessus de mon oreille, achevant de donner à mon inconfort passager un côté enjoué qui m’amusa et fit passé les deux heures du trajet à vitesse grand V.
Une fois, arrivé à l’endroit de mon second changement, je me fis indiquer où aller pour rejoindre Jalgaon, mais la réponse amusé de mon interlocuteur qui m’envoyait de l’autre côté de la route plutôt que dans la gare routière me laissa un peu perplexe. C’est pourtant bien là que je finis par attendre mon bus après la confirmation dans un anglais un rien plus compréhensible d’une deuxième personne. Je découvris alors que des locaux, chargés de toute une batterie de valises, attendaient, comme moi, sur le bord de la route la venue du bus qui leur ferait quitter ce petit bout de terre coincé entre une route nationale et une gargote où faire provision de samossas et autres pakoras. Un premier bus se présenta, alors, et embarqua, le gros des troupes, bien qu’il déborda déjà de passagers avant que les nouveaux ne s’y ajoutent. Il repartit sans moi et bien m’en fit, car le taulier de la gargote prit alors les choses en main et me mit dans un mini bus à l’étrange conducteur.
Un rien nonchalant et seul maître à bord, l’homme au volant du véhicule décida tout au long du lent voyage qui me fit descendre la nationale 13, qui était apte et qui ne l’était pas, à rejoindre son carrosse encore protégé par des housses en plastique. J’eus cette chance, son cota de passagers embarqués correspondant au plus au nombre de places assises, le voyage fut donc tranquille. La vitesse, à l’image du chauffeur qui avait décidé que rien ne devait chauffer, fut, sans heurt ou presque, constante et sans utilisation du Klaxon, ce qui, pour qui connait un peu l’Inde, relève de la flagrante anomalie dans ce pays où les panneaux de propagandes qui invitent à tempérer sa conduite au volant semblent mieux fleurir que n’importe quelle autre plante. J‘accompagnais donc se lonesome driver durant au moins six heures, jusqu’à ce qu’il s’arrête, lui aussi près d’un carrefour et m’indique la destination à prendre pour continuer ma route.
Juste quelques pas dans la direction indiquée et un taxi collectif s’arrêta pour s’enquérir d’où je souhaitais aller. « Jalgaon », suffit à ce qu’il descende de son véhicule, grimpe sur le toit de sa jeep et y attache mon sac, puis ouvrant la portière, il fit le ménage, histoire de m’inventer, il n’y a pas d’autre mot, un place à l’avant. A moi de ranger au mieux mes abattis, à lui le rôle de claquer la portière. Je fis ainsi encore une heure de trajet et de multiples stops pour que le conducteur s’amuse avec ses clients, les rangent au mieux et ainsi battent son propre record d’occupation d’un espace restreint. Puis il arrêta, lui aussi, sa course et me remit entre les mains d’un de ses clients qui nous trouva, à tous les deux, un autre taxi collectif, plus petit encore, pour enfin arriver à destination.
Mon arrivée à l’hôtel signa pour moi la fin de la journée. Il était 18 heures, la chambre, propre avec télé et eau chaude, même si elle dépassait un peu mes espérances en termes de prix, fut acceptée un rien résigné. Je n’étais là que le temps d’aller voir Ajanta. Deux nuits et m’en suis parti de Jalgaon qui si la ville n’avait rien de désagréable ne m’invita pas à prolonger mon séjour en son sein.
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