Bikaner

Jodhpur

Pushkar

 

 

Jaisalmer ou le subtile mirage de grè doré

temple jain jaisalmer

S’il porte à merveille la tenue de soirée, le fort n’en à pas moins de charme sous l’écrasante lumière du jour. Les portes de l’imposante bâtisse passées le château de sable s’effeuille et livre ses charmes. Les venelles qui s’échappent de la place centrale vous entrainent alors dans un doux labyrinthe de murs dorés qui subjugue tant il y fait bon se perdre entre deux politesses pour savoir qui doit passer le premier et un amical refus de visiter la énième boutique, vendant les mêmes châles, les mêmes sacs et avec la même mécanique d’approche, en plus.

temple jain

Si les ruelles invitent au rêve, la menace qui pèse sur ce château de sable est, elle aussi malheureusement bien réelle. L’éphémère qui maintenant caractérise la forteresse n’avait certainement pas été prévu par ses bâtisseurs qui l’avaient conçu à l’épreuve des pires assauts, mais malheureusement pas imperméable aux ravages d’un temps qui n’est pas le sien et qui à l’heure du tout jetable fait d’elle une vieille dame en péril, victime, c’est un comble, de son trop grand succès. Les quelques murs déjà chus et les pompes qui recrachent de l’eau alors que la cité, oasis de gré, encerclé de terres arides souffre depuis toujours de la soif, ne sont à l’heure actuelle que signes avant-coureurs de ce qui la menace. L’aspect faillible du château de carte est maintenant une évidence qui fait de lui un chef d’œuvre en péril. Quelques furent ses glorieuses heures et les longues années de sièges qu’il fallait alors pour venir à bout de ses fortifications à l’épreuve de tout est en effet à deux doigts de chuter. L’eau qui lui a de tout temps manqué, sapent désormais ses fondations qu’une population trop nombreuse piétine en espérant, sans doute empocher la mise avant que la poule aux œufs d’or ne s’affaissent sur elles même, non pas parce qu’elle est agoraphobe, mais parce qu’elle sera lasse d’être ainsi en permanence mal traité, au nom d’un mercantilisme qui use ses vieux jours.

detail temple

En attendant et en espérant que le jour funeste de sa chute sera repoussé jusqu’à ne jamais voir le jour les ruelles se présentent sous leur plus beau profil et séduisent par la minutie des détails qui dessinent la une haveli ou là mur. Le clou de ses déambulations arrive lorsque s’immisce à l’horizon les premiers détails des temples jains. L’approche à petit pas pour ne rien troubler de cette beauté révèle alors l’élégance du temple dont chaque parcelle semble en phase avec le divin tant l’édifice irradie par la précisions des sculptures qui le composent. L’extrémité de la ruelle où nous nous trouvons et par conséquent la proximité jusqu’à pouvoir le toucher du temple nous fait alors prendre conscience qu’il ne s’agit pas d’un, mais d’une suite de temples et de lieux dédiés aux jainismes qui habitent avec souveraineté cette partie de la forteresse. Le sanctuaire qui s’élève telle une sublime meringue n’a toutefois rien livré de ses secrets, tant qu’il ne vous a pas ouvert ses portes et permit de visiter son antre. La lumière tombée en cascade dès le seuil délimite l’espace et avec le plus de douceur possible lèche de toute la délicatesse dont elle est parfois capable chacune des sculptures qui habillent l’enceinte à l’intérieur de laquelle siège la représentation du 24ème et dernier en date Tirthankara, guide spirituel et fondateur du jainisme tel qu’il se conçoit aujourd’hui. Dentelles de gré et de marbre, les piliers qui soulagent du fait de leur apparente légèreté l’étage supérieur et ses toits en forme d’ogive en lien direct avec  le sacré témoigne d’un trajet commun effectué par l’hindouisme et le jainisme, Krisna, Shiva, mais aussi Ganesh ou Kali sont ainsi au nombre des figures qui habitent les lieux, au même titre que des visages du commun des mortels qui ornent de leur présence autant que de leur sensualité la moindre parcelle du temple. Chacun des sept temples s’ils possèdent chacun leur particularité ont toutefois en commun de donner à la pierre une finesse qu’il est rare de lui voir. Le peu de temps passé dans chacun d’eux avant que ne sonne l’heure du puja et que les curieux dans notre genre, même si respectueux ne s’effacent pour rendre aux lieux leur solennité afin de permettre aux fidèles de se recueillir en paix, permet de prendre conscience de la sublime beauté de cet acte de foi que représentent chacun des sept temples jains que chérit à l’abri de ses murs d’enceintes la forteresse de Jaisalmer, vraiment pas avare de sa beauté.

Le fort au-delà de la vue sans cesse plus impressionnante au fur et à mesure qu’on monte dans les étages et qu’elle s’offre à nous, est au diapason des Haveli ou des temples jains et vous embrasse jusqu’à vous faire perdre le souffle, face à la merveille sous influence moghol qu’il est. Le peu de nature qui clôt l’horizon laisse, depuis ses balcons et ses fenêtres, au-delà le présage du désert s’annoncer tandis que la cité qui s’étend au pied du fort véritable labyrinthe émerveille de son camaïeu de jaune et de doré auquel la lumière du soleil si elle se montre intraitable avec nous semble rehausser de son puissant amour pour la rendre aussi superbe qu’inoubliable.

La promesse qu’offre la vision panoramique de la cité depuis les hauteurs du fort nous laissant coi nous consacrons le jour suivant à son exploration. Le fait de se perdre loin de nous déranger nous permet d’apprécier la ville sous un autre angle mais toujours depuis des hauteurs. La traversée d’un quartier populaire, nous permet de rencontrer un groupe d’enfant qui se charge de nous remettre sur les chemins touristiques et la visite de la principale haveli qui propriété à l’époque d’un riche marchand qui après en avoir référé au roi, à fait construire cette édifice de toute beauté puis par la suite une haveli pour chacune de ses quatre filles. Ce qui donne à la rue qui les hébergent des allures de palais princier qui dénué de fortification est dan son ensemble dédié à la beauté. S’élevant sur quatre niveaux la bâtisse sans atteindre le stakhanovisme des temples jains n’en reste pas moins d’un raffinement époustouflant dont les balcons en particulier, mais aussi sa cour intérieur subjuguent.  Le retour à la rue offre après avoir longé les appartements des filles qui gardent leur secret bien à l’abri de leur magnifique devanture, l’occasion d’un petit tour dans le labyrinthe, le jeu consistant alors à laisser le peu d’ombres que l’on trouve décider de notre parcourt et juste apprécier la vie qui émane même en ses heures chaudes de la ville. Ce qui nous donne entre autres l’occasion d’assister au festin d’une bande de petits cochons qui à la noce au milieu d’un tas de détritus s’en donne à cœur joie ou bien encore de discuter un bon moment avec un maroquinier qui au seuil de sa boutique fini par me parler de sa familles élargies qui tous travaille le cuir ou bien encore du futur mariage de son fils qui lui a choisi une autre voie. L’heure de rentrer se faisant sentir le fort nous sert alors d’étoile polaire et nous mène sur les chemins commerçants qui nous ramènent à bon port tout en nous permettant d’apprécier que nous avons presque autant d’amis qu’il y a de commerce.  Tout cela reste toutefois bon enfant et passe très vite.

haveli jaisalmer

Sur le toit de notre hôtel nous goûtons encore et encore la vue sur la forteresse qui depuis ses hauteurs nous domine. Un dernier tour par le lac où nous trouvons refuge à l’ombre d’un arbre puis nos pérégrinations nous mèneront vers Jodhpur où le bleu remplacera le doré de cette porte d’entrée sur le désert qui n’a eu aucun mal nous conquérir, malgré sa chaleur et la volonté de certains de vous faire faire un tour de chameau ou de vous voir acheter un châle.
 

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