Pas si loin Chandigarh

Me voilà désormais à Chandigarh. Le voyage depuis Delhi fut une promenade santé d’un peu plus de 3 heures à travers une campagne verdoyante que ponctuait parfois le désœuvrement d’habitations sommaires installées à proximité des voies. L’arrivée dans la gare et la négociation d’un rickshaw fidèle à elle-même fut chaotique mais faîtes avec le sourire.

A première vue, la capitale du Punjab étonne sans pour autant complètement convaincre, car si la ville à bénéficié d’un plan d’urbanisme qui fait place aux espaces vert, son quadrillage, en secteur et surtout « l’uniformisation de l’architecture » fait qu’il y est, à mon goût, plus difficile de s’y repéré que dans le sinueux quartier de Old Delhi où dans Paharganj une fois sortie de l’axe principal. Le béton en cet endroit est maître et la brique sa concubine quasi exclusive. Heureusement, un guide tombé du ciel la bicyclette à la main, engage la conversation, à peine suis-je sortis de mon hôtel et propose de faire un bout de chemin en ma compagnie, histoire de discuter. Nous traversons deux rues et c’est finalement moi qui suis le vieux sikh  au sourire aussi jovial qu’édenté, pour une tasse de thé. Le bonhomme comme chez lui, rentre à peine ai-je accepté, dans ce qui me semble être l’entrée d’un hôtel de luxe ou du moins d’un restaurant extrêmement select, y dépose son vélo au parking et s’engage en direction du portier qui lui ouvre la porte, il saisit au passage un journal financier d’un saumon identique au pages économiques du figaro et tout de go empreinte l’escalier. Nous montons au premier  étage et la porte qu’il pousse nous fait basculer dans un monde bien différent du luxe de l’entrée, le passage ouvert par mon guide donnant sur l’austérité toute fonctionnelle et peu éclairée d’une rangée de bureau. Je me vois déjà remplir des formulaires de toutes sortes et courir au quatre coin du building, dans cet atmosphère qui je ne sais pour me rappelle Brazil, mais mes divagations sont vite interrompus  alors que nous entrons dans une salle de pause où le personnel vient prendre son déjeuner, chacun déballant son pack lunch et s’installant en silence autour de cette table communautaire.  Il est alors temps pour moi, en attendant que mon thé, comme à l’accoutumé bouillant, refroidisse d’en apprendre un peu plus sur  l’étrange bonhomme qui m’a mené jusqu’à cette salle de cantine. L’homme fier de ses coupures de journaux, me sort de son baluchon des articles qui évoque son cas ainsi, que son livre d’or, dans lequel s’amoncelle, un patchwork de langues pour dire la sympathie qu’inspire Norinder Singh. Le papier du journal le nomme « le bon samaritain de Chandigarh » et évoque, ce qui m’est confirmé, par Norinder quelques peu en boucle tout de même, qu’il aide les touristes qu’il rencontre pour un moment de discussion. « C’est son hobby » comme il le dit lui-même. « Dieu lui a donné ce passe temps », qu’il remplit avec une joie qui très vite devient communicative.  Il veut une photo de nous deux en souvenir et demande à me passer autour du coup un collier de fleur, puis lorsque je l’engage sur ce qu’est sa religion, il me sort son chapelet sur la tolérance et l’ouverture du sikhisme, discours qui me rappelle presque mot pour mot, celui tenu par mon guide lorsque je m’étais rendu au temple sikh d’Old Delhi. J’embraye alors sur la question sabre, que certain moine soldat porte à la hanche, ainsi que sur le fait que certain sikhs, au moins soient des combattants. Chose qu’il me confirme, mais la  discussion vite s’enlise, l’ordre des chevaliers Sikhs, aperçu dans un documentaire à la télé reste dans le flou.

Norinder toujours aussi jovial, me remet sur le chemin de la civilisation, puis repart en quête d’un autographe et d’une autre âme à secourir, dans cette ville où la verdure et le béton font bon ménage. J’entame alors ma découverte du secteur 17 sur lequel se concentre une bonne partie de la vie de la cité, le lieu rassemblant une grosse partie des commerces. Mon exploration des lieux, me donnent alors l’occasion de constater à quel point les Sikhs semble ici en majorité. Chandigarh est la capitale du Punjab, terre d’origine et ancien royaume des sikhs, elle abrite en son sein le temple d’or, D’Amritsar qui peut être considéré comme un équivalent de la Mecque pour les sikhs. CQFD, mais cela ne m’avait pas traversé l’esprit avant d’être confronté au nombre impressionnant d’homme enturbanné que je croise au détour de mes allers et venus dans le labyrinthe qu’est le secteur 17. Barre de béton, que je contourne. Recoins, passages, j’en perds mon sens de l’orientation, heureusement dans cet univers bétonné les marques et autres publicités sont les alliés qui m’aide à distinguer tel endroit, de tel autre. Mon errance plus ou moins volontaire, m’amène alors découvrir une grande foire au notaire et à l’avocat. Des dizaines de bureaux, servant d’officines de campagne, se succèdent sur le trottoir, à l’abri sous les arcades d’un immeuble. Etonnant, non ?

Plus étonnant encore, est la visite du rock garden (jardin de pierre).  Chaque pays à son facteur cheval, celui de Chandigarh est Nek Chand. Ancien inspecteur des ponts et chaussées, il a monté de toute pièce et à l’aide de matériaux de récupération un décor fantastique tout à la fois étrange et merveilleux que peuplent des animaux, des créatures et des personnages de béton. Là une cascade, là un passage, le dédale du circuit donne à voir l’ingéniosité de ce créateur. Comptez deux heures tranquilles pour aller au bout de cette univers que l’on voudrait presque un rien plus long tant la balade enchante.

Moins enchanteur, mais tout aussi surprenant  sont les bâtiments administratifs, œuvre de Le Corbusier qui siègent à quelques centaines de mètre seulement du rock garden. Les paquebots de béton, dont le but est avant tout la fonctionnalité, sous l’œil de ce visionnaire qui à eu en charge de la planification de Chandigarh, rappellent par endroit les œuvres de Mondrian, de Miro ou de Buren et osent  la fantaisie, sur bâtiments par ailleurs carrés. Les courbes de certains piliers, les toits en forme de vague ou bien encore l’emploi de couleurs dans un cadre, lui, brut de béton structure l’ensemble et assure la singularité des lieux, dont seules la perspective et un regard fuyant permet d’appréhender à sa juste valeur la portée artistique de la cour suprême et du Vidhan Sabha (l’assemblée législative), entre autres.  Un autre, samaritain lui motorisé, me proposant de me raccompagner, j’ai donc droit à une petite balade en scooter, forte agréable, sur les grandes artères de Chandigarh.

Retrouvant, Norinder toujours en quête de nouvelle proie à aider, je le salue. Ma dernière journée dans la capitale punjabi est consacrée aux musées l’art gallery d’abord, qui expose quelques très belles pièces d’art ancien, des bouddha notamment, mais aussi quelques pièces d’art contemporain qui pour certaines valent le coup d’œil. Et juste en face le city Museum qui retrace avec moult détail l’élaboration et de la mise en œuvre du projet de planification qui a  amené la ville telle qu’on la connait aujourd’hui.

La fin de ma journée avant de prendre le bus qui me mènera vers Manali, je la passe à lire dans le rose Garden, l’endroit s’il n’explose pas de couleur à cette saison les milliers de roses promises n’étant au mieux que des boutons, offre toutefois un refuge, dont l’ombre est la bienvenue pour s’y reposer et dans mon cas bouquiner. Un jet de rickshaw, me propulsera, enfin jusqu’à la gare routière où le bus High tech tant vanté s’est révélé être un bon vieux local bus mais doté de sacrées ressources dont il avait bien besoin. Mais ceci est une autre histoire.

 

Si vous voulez correspondre avec Narinder Signh, l'ange gardien des touristes venant à Chandigarh.

Narinder Singh
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