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Bikaner à dos de chameau

desert de thar

Un mouvement de balancier qui vous projette vers l’avant, avant de vous élever à plus de deux mètres de hauteur la tête au niveau des branches du seul arbre présent dans les parages et vous voilà parti pour trois jour à dos de chameau. La caravane si elle comprend en ce jour un équipage de 6 personnes devra les jours suivant ne comporter que quatre valeureux envieux de tester sur une distance raisonnable l’élasticité de leur fesse et si possible ne pas trop les tanner. Nos destriers tous drivés depuis le sol par les chameliers se dirigent alors à la frontière du village, en direction des étendus sablonneuses parsemées ça et là d’arbustes ou de buissons du désert de Thar. Un attelage, en tête mène le convoi et tracte nos effets ainsi que la nourriture pour nos trois jours d’expéditions. Bercés sur les hauteurs des ruminants qui nous baladent dans cet univers étranges et peuplés d’une faune qui distrait notre regard, bien plus loin que ce que la pure réalité nous invite à penser, Jean Pierre et Joy qui viennent de Lausanne, Indya, une romaine, moi, ainsi qu’un couple d’Anglais qui n’est là que pour la journée.

Renards des sables, lézards, rapaces et autres antilopes vivent leur vie sans trop se soucier de notre train de sénateur, que domine un soleil de plomb dont le feu s’il ne nous atteint pas directement compte tenu des précautions que nous avons prises trouve toutefois amusant de nous chatouiller de sa chaleur les extrémités et plus particulièrement le pied qui dans l’étrier lui fait face. Une courte halte, puis une plus longue à l’ombre d’un arbre pour déjeuner et laisser passer les heures chaudes qui elles sans doutes repues ne nous attendent pas, mais se joue tout de même de nous, en nous invitant à nous déplacer et tourner autour de l’arbre qui nous sert de parasol, tandis que les chameliers, eux, à l’ombre de la charrette font la sieste ou discute le bout de gras comme ils le feront de manière quasi incessante pendant les trois jours de nos pérégrinations à dos de chameau. Trois heures trente, le soleil commençant à gentiment décliner sans même qu’on s’en aperçoit les chameliers rééquipent les chameaux et nous invitent à réitérer la bascule en avant et l’élévation vers les cieux d’où nous contemplons, bringuebalés que nous sommes un peu plus de ce désert où la végétation malgré l’aridité évidente trouve à pousser. Des cultures dans cet environnement qui ne leur est pourtant pas favorable y trouvent même une place, comme nous le verrons les jours suivants. Melons, arachides entre autres trouvent ainsi à s’épanouir, à grand renfort d’eau sur de petites parcelles dont une partie en jachère est toujours laissé à la merci des mauvaises herbes.  En attendant bercé par les remous qu’induit ma monture et Shakti dans les oreilles, je laisse mon esprit aller à sa guise et mixer l’étendue de sable, quelques dunes que l’on contourne et le fruit de mes divagations personnelles.

bikaner

Les deux jours précédents ce petit périples nous avaient aux uns, comme aux autres permit de faire connaissance avec la ville de Bikaner et son imposant palais, qui en ce qui me concerne n’est que le premier d’une longue série, dont le grès rouge subtilement ajouré rappel entre autre le palais des vents à Jaipur. Extrêmement bien conservé, il nous ramène à l’époque où les maharajahs régnaient sur les terres du Rajasthan et bien plus avant encore. L’édifice qui date de la période moghol en ayant tous les artifices, la beauté et la finesse de la bâtisse qui fait sa renommée aujourd’hui n’en oubliant pas, même s’il se trouve dans une plaine plus que sur les hauteurs, son usage premier.  Des douves et un impressionnant mur d’enceinte protégeaient ainsi des éventuels assauts les dentelles minérales qui en son sein  sont la preuve de l’extrême raffinent de la période moghol en matière d’architecture. Plus de 400 ans d’histoire trouvent leur place à l’ombre des éléphants d’ornementations qui symboliquement soutienne l’édifice. 400 ans entre sa construction à la fin du XVIème siècle et les effets, l’avion qui, dans une des salles faisant office de musée, trône au milieu de trophées de chasses, d’arme et de sublimes sculptures en marbre, elles bien plus anciennes.

A mille lieux semble-t-il de ce mirage de grès rouge, ce qui en kilomètre ne doit représenter que deux ou trois dizaine à vol d’oiseau du centre ville, nous arrivons au camp de base où nos tentes déjà montées nous attendent. Un dernier petit tour de manège pour que notre chameau d’une révérence nous invite à rejoindre la terre ferme avant qu’il ne soit libéré de son harnachement. La démarche de cowboy durant quelques secondes, histoires de tout remettre en place, nous nous armons de bières et de gravissons la dune qui nous abrite pour assister à un dernier et magnifique clin d’œil du soleil avant qu’il ne se couche et laisse la place libre aux étoiles qui par centaines, par milliers constellent les cieux et en l’absence des pollutions lumineuses qu’entraine la ville, révèlent tout leur pouvoir de séduction. Le spectacle est simple mais de tout beauté. La tête dans les étoiles et le rêve devient vite réalité. Dhal, chapati, riz et légumes plutôt bien cuisiner, notre soirée dont nous goûtons tous le calme est une réussite que vient juste distraire un couple d’américain, sortie de nulle part qui au moins la soixantaine, tombent des nus, à chacune de nos paroles, puis s’en repart comme il est venu en coup de vent, embarquant du même coup dans la jeep qui les a amenés les anglais. Reste alors les courageux, qui dans la tête des américains doivent être un rien dément, qui iront passer la nuit sous la tente, mais en attendant nous retournons tous à nos étoiles et au calme qu’elles réclament.

desert de thar

 

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