Amritsar, dont l'or rutile encore et pour longtemps dans nos regards

Toujours en compagnie de Belinda, nous employons les deux heures qui nous séparent de l’illumination du Golden Temple à la visite d’un temple Hindouiste réplique en miniature du temple sikhs. Le dédale des rues qui nous mènent d’un temple l’autre, nous invitent alors à croiser les charmes des bazars locaux, les échoppes de fritures et les marchands d’étoffes se disputant le pavé tandis que la rue très vite limitée demande des efforts surhumains pour que chacun réussissent à progresser. Le capharnaüm qu’un cyclo-pousse chargé plus que de raison, des scooters et des passants autour sont très facilement apte à mettre en place, créant un inextricable « Tetris » qu’il appartient à chacun de dénouer pour s’inventer autant que possible son propre chemin sans trop se soucier des autres et de leur immobilité. Notre voie royale peuplée à craquer, finit tout de même par nous mener au centre du plan d’eau où trône le temple qui s’il est selon le lonely planet consacré à la déesse Durga, évoque plus surement Krishna, avec la présence de nombreuses scènes autour du bassin, celle du bœuf Nandi qui lui sert de véhicule, mais aussi on note la présence de Ganesh ou d’Hanuman. L’intérieur du temple nous étant aisément accessible, il nous permet, cette fois, d’entrer et contempler la surcharge de la décoration supposée honorée la divine maîtresse des lieux.

La suite est-elle le fruit des bons auspices de la dame, ou celui du hasard. Seules les croyances de chacun peuvent alors permettre d’évacuer le dilemme et trancher ou non dans la rationalité qui à l’évidence se prête mal à ce type de lieu trop occupé qu’il est à s’enivrer des chants qui dans son dos l’honore. Le hasard veut, donc, que sur notre chemin de retour vers la terre ferme, nous croisions un vieux sikhs qui si, comme beaucoup, il s’enquiert de savoir d’où nous venons, la raison de notre présence en Inde ou bien encore notre état civile, vite prolonge la conversation jusqu’à ce qu’elle se transforme en un dialogue construit et fort intéressant lors duquel il donne de sa personne, évoque ses enfants parti en Australie, son passé dans la ville de Calcutta ou bien encore le match de cricket de la veille et la victoire, après un beau match de l’Inde sur l’Australie. La jeune australienne et le vieil Indien refaisant avec un plaisir communicatif, bien qu’incompréhensible, pour un ignare comme je le suis des règles de ce sport, le match avec un plaisir qui à les voir tous les deux devient vite communicatif. Le vieux sikh en particulier semble, avec son sourire rempli de générosité, illuminé de l’intérieur. Chacun des mots qui avec douceur s’échappent de sa bouche respirant, plus que de la bienveillance, le besoin, purement généreux d’une certain forme de communion que ses yeux brillant d’intérêt et son sourire semble déguster comme s’il s’agissait du meilleur des gâteaux. Et ce n’est pas les quelques importuns en quête de photos et autres curieux qui viendront rompre la beauté de cette conversation qu’un pont entre le divin et le profane à favorisé et maintenu en dehors de l’agitation de la cité.

A peine le temps, de faire le tour du bassin et nous revoilà reparti vers le Golden Temple, non sans précédemment avoir à discuter avec quelques occidentaux membres d’Hare Krishna qui dans l’attente de l’arrivée imminente de leur guru qu’ils nous invitent à attendre, ont l’âme prosélyte et le bagout d’une mitraillette en pleine effort. Le débit de leur discours ne vient toutefois pas à bout de notre volonté de retourner au temple sikh. Ce qui la ralentit par contre c’est l’embouteillage qui sclérose les petites rues du Bazar le niveau du « Tétris » ayant plus que sensiblement augmenté durant notre absence au point que le jeu à gagné une dimension et voit les plus aguerris se frayer un chemin au dessus de la mêlée en grimpant sur les charrettes qui plus que tout autre véhicule font barrage.

La difficulté de notre retour ne rend toutefois que plus impressionnant la vision de l’enceinte extérieur du Golden temple ruisselante de guirlandes électriques sur tout le long de la façade. L’intérieur lui nous laissant coi devant le temple qui lui aussi à revêtu son habit de lumière, mais plus encore devant l’affluence qui peuple déjà les contours du bassin. Des milliers de personnes, sagement assise constituant un rempart vivant entre l’artère où nous pouvons encore circuler et le plan d’eau. Une bèche, nous nous y engouffrons et nous asseyons. Taches blanches perdues au cœur de cette assemblée que les turbans dominent et éclairent de leur couleur. Venus en famille, tous patientent, puis se mettent à psalmodier.

Un énorme sac de friandise trouve alors sa place à mes côtés. Les « organisateurs » remplissant avec difficulté des sacs qu’ils distribuent ensuite, je propose, compte tenu de ma place, de les aider dans leur acte de générosité et me retrouve ainsi préposé au remplissage des sacs. Acte qui, au départ, ne me rapporte aucunement la gratitude de mes « condisciples » confiseurs. La distribution nous contournant grossièrement, avant qu’un déclic, nous fasse à leurs yeux apparaître et alors considéré, qu’ils nous abreuvent de friandises en tout genre. Bonbons et autres douceurs, que pour une bonne part je redistribue, m’incluant ainsi à mon maigre niveau dans la communion qui habite l’endroit, durant cette soirée, qui au-delà de la magie ambiante, nous donne l’occasion de participer à un événement qui nous semble d’une rare intensité de part la masse impressionnante, de personnes, hommes, femmes, enfants qui assistent à l’anniversaire du quatrième guru. L’événement tout à la fois religieux et festif, sans trop en faire nous en met plein les yeux et marque de son sceau sacré, la rétine et dans les profondeurs de notre fort s’y octroie une place de choix. Un feu d’artifice, qui enflamme, autant les hauteurs de l’enceinte du temple, venant parachever, cette journée définitivement riche en beaux moments.

Le retour vers l’hôtel, lui nous replongent dans le chaos, d’un monde où chacun doit faire sa place au milieu de la masse. Nous, comme les autres, devons trouver notre voie parmi, les motos et la foule pour enfin après quelques long détour rejoindre notre bulle de touriste, et profiter d’un peu de calme pour digérer cette démonstration de ferveur, qui nous a forcément dépassé, mais dont le souvenir, restera, à l’évidence, je pense vivace.


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