Je m’appelle kaï. Enfin pour être tout à fait précise, Kaï est mon surnom, mon nickname et que les esprits lubriques passent de suite leur chemin il n’y a rien de graveleux dans ce que je viens de dire. Un minimum d’attention supplémentaire en cours d’anglais aurait suffit à dégonfler la stupide banane qui ostensible, barre tout invite à continuer une conversation à l’intérêt même minimum. A l’heure où je m’exprime les heures de « bureau » étant terminée j’aimerais autant qu’il ne soit pas question de ça maintenant, pas alors que j’essaye d’exprimer, ce qui n’est déjà pas simple, le fond de ma pensée.
Kaï en Thaï signifie chicken, ce qui aux yeux de mes collègues plus aguerries et que je vois s’en aller avec un nouveau farang au porte-monnaie aussi remplit que ses bourses, n’est pas compliment vous pouvez vous en douter. Plus une complainte, la mienne, celle d’une jeune femme au sobriquet gallinacé qui n’a pas leur aisance pour danser et surtout dire oui et passer le pas.
Ménager la chèvre et le choux en espérant que la chèvre ne me prenne pas trop le choux et surtout que ses mains baladeuses ne viennent pas s’aventurer en ces contrées que je désire, au moins pour un temps encore, préserver du commerce qui est le mien. Ma main toujours sur le qui-vive se charge donc à la moindre incartade de réaiguiller les aventures indésirées des hommes venus de l’autre bout de la planète pour laisser leurs paluches trainer sur moi.
Je devrais sans doute m’amuser comme les autres de cette marque d’affection un peu balourde voire en être fier et la prendre pour un compliment. Mais voilà, je suis chicken. Une poule aimable et souriante quand il le faut dont le postérieur bien lesté est prompt à rappeler à quiconque a des genoux le principe fondamentale de la gravité. Et alors cloué sur leur chaise faire que ces messieurs se sentent suffisamment en bonne compagnie pour qu’ils soient bien avisé de siffler quelques verres, avant que particulièrement à l’aise il ne leur vienne à l’idée que j’apprécie plus que tout autres leurs genoux et que le crachoir que je leur tiens sans rien dire ou presque appelle une forme certaine d’intimité et qu’il suffit juste d’un petit billet pour que j’ai à avaler bien autre chose que la pilule.
C’est à ce moment, toujours le même, qu’en bonne enfant j’acquiesce, histoire de maintenir pour un temps encore ces clients dans le bar, puis naïvement je me défausse et me retranche derrière le bar, pour y faire le plus scrupuleusement possible mon boulot de serveuse. Mon chevalier d’un soir aux mains encore toutes empesées d’avoir couru le marathon sur les parties de mon corps laissé à sa disposition, lui s’en ira dans peu de temps faire son marché ailleurs dans l’enceinte même du bar ou aux alentours qui ne manquent pas, eux aussi de spécimens aussi court vêtus que je peux l’être.
Les filles ou assimilés à la vue de la proie perdue sortent alors le grand jeu, un feu d’artifice de « hello » et draguent tant qu’elles le peuvent le chenal, la rue pour ramener à elle l’agneau égaré, pour un verre supplémentaire et s’il sait se montrer persuasif une partie de jambes en l’air, un boum boum rapide et cellophané qui met bien plus que du beurre dans les épinards. Les allemands et les américains de ce qui filtre des conversations de mes collègues, ont l’âme particulièrement crémière, sans doute fier, qu’ils sont de leur pouvoir d’achat. Plus que d’autre, ils ont la main aussi leste sur le portefeuille qu’ils l’ont souvent malhabile sur mon derrière ou celui de mes comparses qui s’agitent dans la basse court et jouent de toutes leurs plumes en quête de quelques miettes que le vent de fête répand telle une obole à la générosité calculée, qu’une faveur saurait poliment remercier de tant de bonté.
Vous l’aurez sans doute compris, ce que j’essaye de dire aux travers des circonvolutions de mon récit, c’est que mes collègues comme moi sommes, ce que vous appelez pudiquement des hôtesses de bar. Des entraineuses dont l’animation dépasse très largement le cadre du bar, la rue étant tout autant notre terrain jeu que peut l’être le lieu de « résidence » des copines. Enfin quand je dis le notre, dire le leur serait plus juste. Leurs exploits s’écrivent en lettres dorées, lorsque les miens n’ont même pas le terne de mes pensées et de leur miroir déformant, mon sourire, lorsque je relâche ma vigilance et limite mon hospitalité à un acte de présence mélancolique.
Ma mine si elle n’est que peu sujette au coup de grisou et n’inspire, en général, pas la claustrophobie demande toutefois tout autant que celle de ceux qui pilles les richesses de la terre pour une bouchée de pain, d’aller au charbon. Il peut arriver que ce soit amusant, qu’on y danse et rit parfois franchement, mais n’aller pas croire que tout se qui brille est reluisant, ni que le sourire en devanture est obligatoirement le stigmate d’un profond bonheur ou de notre légendaire légèreté.
Le vent chaud qui souffle à la couleur de l’argent et le reste est billevesée. Mon nickname est kaï le chicken et ce qui pourrait sans doute m’arriver de mieux serait de tomber, comme la patronne, sur un bon farang à qui réserver l’exclusivité de mon arrière train en échange d’un caillou au bout du doigt et de quelques instants de respiration hors de la basse-cour. En attendant d’autres genoux et d’autres mains m’attendent, j’y retourne.
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