Tamas

 

Ecrit il y a maintenant plus de cinquante ans, Tamas, est sans doute, et même s’il s’agit d’un roman, d’un des plus forts témoignages sur la partition et le mal qu’elle a pu, au-delà de toute considération politique, causer d’un point de vue purement humain. Le fait de passer par le biais de la fiction, qu’on suive des personnages, dont on ressent un peu de la chair et de leur tourment, ne donne à leurs troubles que plus de force.
 L’action se passe au Pendjab et débute au moment où un pauvre musulman se voit commandité, par l’un des dignitaires de la ville de même confession que lui, l’abattage d’un porc. Le travail, lui est pénible, mais il finit tant bien que mal par y arriver. Exténué et ne voyant personne arriver pour se charger de la carcasse. Il abandonne son forfait dans la porcherie et décide de rentrer chez lui.  Il n’a toutefois pas le temps d’atteindre son but, que la ville est en émoi et bruisse du terrible sacrilège qui a été commis. La carcasse du porc git sur les marches de la mosquée.

Dés lors, rien n’est plus comme avant. La partition s’installe sournoisement, mais durablement et surtout violemment entre les communautés musulmane d’un côté, sikh et hindou de l’autre. Les efforts du parti du congrès, qui réunit en son sein les trois confessions et prêche en général pour l’indépendance de l’Inde, ne peuvent rien face à la fureur qui de toutes parts les dépassent et jusqu’au drame final monte en puissance.

Ne cherchant surtout pas à imposer son point de vue, ou un quelconque discours Bisham sahni, laisse de côté son omniscience, pour rester au plus près de ses personnages. Son récit passe d’un groupe à l’autre et montre comment ce qui, hier encore, n’était que distinction à peine, s’érige le lendemain en barrière infranchissable, puis plus surement encore en une raison suffisante pour tuer ou se faire tuer. Toute la finesse de Tamas, et il en fallait pour parler intelligemment d’un tel sujet, est de montrer comment le dialogue entre des voisins ou les tentatives des officiels de tous bords d’endiguer sont balayés par l’esprit grégaire et la haine qui montent en bloc les communautés, l’une contre l’autre. 

Magistral de retenue et de sensibilité, Tamas donne à vivre, comme Yasmina Khadra l’a fait avec l’attentat par exemple, l’un des moments fondateurs, les plus traumatiques de l’histoire de l’Inde moderne.

Epoustouflant.