Shantaram

 

Dans une autre vie j'avais écrit à  propos de Shantaram que jamais occidental n'a tutoyé avec autant de dextérité l'âme indienne que le Grégory David Roberts. Shantaram est à  l'image du Gange, il est la vie, il est la mort, il vous embarque, vous submerge et finalement vous élève. Roman divinement humain, il suit à la trace la vie de son auteur et pourtant rien ne semble plus loin d'un témoignage que ce texte. Comme se  « plaît » à le   raconter l'auteur, lui-même, c'est un ouvrage sur lequel il est revenu cent fois, un roman qui a accompagné ses années de prison et qu'il a réécrit de nombreuse fois avant d'en arriver à  l'imparable voyage littéraire qu'offre la lecture de son roman.

Les premières lignes si elles ne sont révélatrices, sont au moins, souvent annonciatrice de ce qui va suivre, laissant au lecteur juger de la perspective de ce qui l'attend. Là  pas le temps, Lindsay, avatar romanesque de Roberts, dont on ne sait finalement rien, au départ, débarque à  Bombay, l'intensité de son regard tout à la fois distant et ouvert saisit la magie et les dangers de la maximum city comme la nomme Suketu Metha. On est happé, à  l'affût. Un petit bonhomme du nom de Prabaker attend au sortir du bus et accompagne les premiers pas de Lindsay en Inde. Il sera son guide et le notre par la même occasion, nos pieds ne touche déjà  plus terre alors qu'il ne s'agit que de s'avancer dans Colaba. « Chez Léon » est là. L'aventure subrepticement nous a fait les poches de cette hauteur qu’a normalement le lecteur sur son livre. On y est, pour les 800 pages à  venir.  L’aventure de Lindsay est la notre et quel bonheur que celle-ci, face au déploiement d'humanité que dégage chacune des veines encrées qui sur la page irriguent de leur flux les ramifications du roman. Lindsay se mêle aux expatriés un peu filou qui échoués là, incarnent les derniers vestiges d'un colonialisme décadent, puis gagne ses galons de médecin de fortune, dans le plus grand bidonville du monde. Viennent à ça, s'ajouter, une virée à la campagne  où il est intégré dans la famille de Prabaker. Des liens avec la pègre ou bien encore les souvenirs de ce qui a précédé son arrivée dans la capitale économique indienne. La prison, les évasions, la fuite. Le souffle du récit court et nous laisse hors d'haleine. Epique, audacieux, sauvages ou bien encore terriblement vivant, les superlatifs, sont légions pour qualifier un roman à  ce point foisonnant et d'une telle qualité. Vous voulez un roman d'aventure intelligent tout à  la fois sensible et cruel dont l'action va à  dix mille à  l'heure tout en se focalisant sur les personnages, leur états d'âme, leur vie et qui en plus parle de L'Inde comme rarement. Vous n'avez  pas à hésiter une seconde de plus Shantaram est le livre qu'il vous faut livre absolument.