Un père obéissant

A Delhi, Ram Rahan cinquante sept ans est un fonctionnaire affecté au département de l’éducation national de la capitale, dont la tâche est de percevoir pour le compte du parti du congrès des pots de vin. Fonction qu’il opère avec le plus de professionnalisme possible bien qu’il ne sente pas toujours à sa place dans ce rôle. Sa place il ne l’a pas non plus dans son propre appartement où un lourd secret de famille l’isole de sa propre famille, de sa fille et de sa petite fille.
Instrument d’un système, dont il profite aussi à ses heures, les choses se gâtent pour lui, le jour où M Gupta, son responsable, se voit approché par le BJP, parti d’opposition au congrès, pour devenir leur tête de liste pour les prochaines élections, à condition qu’il finance sa campagne. Tenté par le miroir aux alouettes, M Gupta décide de détourner l’argent destinés au congrès à ses propres fins, puis de solder quelques terrains communaux sur lesquels se trouvent des écoles. Charge à Ram, « notre percepteur », d’organiser le système et de récolter l’argent. Le pauvre alors prisonnier d’une tenaille, dont il sent qu’il sera, d’un côté comme de l’autre, la première victime, si on ne le tue pas avant, navigue en eaux plus que troubles et cherche, tant bien que mal, à s’extraire de ce jeux de dupe politico-financier qui le dépasse de la tête et des épaules.
Avec ce premier roman, Akhil Sharma, décide d’escalader l’humanité par la face sombre et fait de son ascension un petit bijou de littérature, qui nous entraîne dans les arcanes les plus minables du pouvoir, à la suite du personnage de Ram, qui s’il n’est pas bien glorieux, son destin le rend, si ce n’est sympathique au moins humain. Il n’est, après tout que le fruit autant que la victime d’un système. Son implication, sa corruption qui éclabousse, au-delà de son cadre professionnel, sa famille, sa fille notamment qui à l’autre bout de la chaîne lui ponctionne ce qu’il gagne, montrant comment aucun maillon n’est épargné. Peinture tout à la fois politique et intime Le père obéissant est un très, très bon roman qui nous éclaire comme peu sur cette douce illusion que l’on nomme démocratie.
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