Bombay Maximum City

S’il devait avoir une parenté, au-delà, bien sûr de Suketu Metha, son auteur, Bombay Maximum city, serait, pour moi, l’enfant terrible né du croisement entre Naipaul et James Ellroy. Un témoignage, un essai d’une qualité d’écriture tel, qu’il vous happe dès les premières pages et ne peut, compte tenu de son apparente fluidité, de son goût pour la pègre, qu’être le fruit d’une imagination débordante et par moment crépusculaire. Il s’agit, pourtant bien et ce au-delà de la volonté de l’auteur de soigner sa forme et donc d’en faire une œuvre d’une impressionnante qualité littéraire, d’un ouvrage de « non fiction » comme il se plaît lui-même à le rappeler. Témoignage, enquête, portrait Bombay Maximum city est tout ça et plus encore. L’ambition du livre est totale, est folle et pourtant d’une justesse et d’une intelligence telle, qu’il n’est pas possible de parler d’ambition, mais de résultat. Ce livre est fou, ce livre est total et ses engagements remplis avec tant de maîtrise que ce portrait de la capitale économique Indienne en devient désarmant de réussite. Tout à la fois volontairement subjectif et rigoureusement au dessus de la mêlée, Suketu Metha nous entraîne dans son sillage et nous fait partager ses rencontres pour nous parler de ce qui, autrement, pourrait nous paraître abstrait, la ville. Ainsi incarnée, elle nous apparaît, par le biais de ses habitants et de leurs destins, vivante. Tentaculaire, mutante, mais avant tout, débordante de vie, avec ses doutes, ses aspirations, ses échecs et ses succès.
Bombay bout de terre gagné sur la mer, n’est pas seulement la capitale économique mais bel et bien le prisme par lequel le spectre de l’Inde se révèle tel qu’en lui-même multiple et coloré. Miroir aux alouettes pour des millions d’indiens qui en quête d’un maigre eldorado, viennent s’échouer dans les slums, les bidonvilles, de la Maximum city, phare qui par delà les mers tient le cap et éclaire de son ambitieux faisceau un horizon dégagé où se mêle avec pragmatisme les émirats arabes et les USA. La belle, fière de ses taux de croissance record peu aujourd’hui se gonfler d’orgueil mais ne pourra que difficilement effacer le traumatisme né des émeutes de 1992 qui ont vu la ville jusqu’ici en paix se déchirer dans des proportions que même le terme d’horreur a du mal à qualifier.
C’est dans ce contexte, particulier que Suketu Metha commence son enquête. Né à Calcutta, il passe sa jeunesse à Bombay avant de suivre ses parents aux USA. Revenant dans son pays d’origine, avec femme et enfants, il s’installe dans la ville de son enfance depuis devenu Mumbai et tisse sa toile. Le quotidien pour la famille est causasse, coupure d’eau ou d’électricité, choix de l’école et autres petits tracas mais c’est à l’extérieur que la ville révèle sa véritable nature. Dans la toile de l’auteur se niche en effet tout ce qui a fait et fait le pouvoir de Bombay. Les politiques, la pègre, les hommes de main qui tue pour une bouchée de pain ou bien encore la police. En leur compagnie, il déroule le fil des événements et replace chacun dans le contexte des émeutes interconfessionnelles de 1992. Les ramifications, se créent, les liens se tissent et la trame peu à peu livre son lourd secret.
Si la question du pouvoir occupe une place prépondérante dans le livre de Suteku Metha elle ne constitue toutefois qu’un des visages de l’hydre à « l’urbanisation » galopante. Urbanisme, plaisirs, petits ou grands, cinéma, bidonvilles ou bien encore le fait religieux et plus précisément la question du renoncement, chez les jains. Chacune de ses rencontres nourrit son étonnant portrait de la maximum city indienne et met en évidence au travers d’humanité, plus ou moins marqué par le sort, toute la complexité de Bombay, jusqu’à en faire un personnage de chair et de sang dont chacune des âmes que l’auteur à rencontrer semble être, une marque, une cicatrice, un tatouage ou même une plaie encore ouverte et douloureuse.
Que dire de plus ? Référence absolue pour qui veut comprendre les arcanes de la ville et pas son biais le pays tout entier. Sublime de bout en bout, Bombay Maximum city, se dévore comme le meilleur des polars, la mécanique en moins, l’humain en plus.
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