Rani, reine à la voix divine

Un visage poupin, que relève l’incandescence d’un regard à la profondeur désarmante de beauté et d’intensité Rani Mukherjee est un petit phénomène au firmament des actrices made in Bollywood. Descendante d’une famille ancrée dans le cinéma, son père, son frère et surtout sa cousine l’incomparable Kajol, Rani étonne par la modernité de son jeu autant que par l’élégance raillée de sa voix. La mélodieuse distorsion qui accompagne chacune de ses paroles allant chercher dans les graves l’émotion qui lui donne ce supplément d’âme et irrévocablement, signe sa singularité, tout autant qu’elle en fait l’étendard du renouveau qui anime les studios bombayites. Le naturel de son jeu, tranche avec le cabotinage ou l’exagération souvent en vigueur dans le cinéma Indien et fait d’elle rien moins que l’actrice la plus intéressante de ces dernières années. Non, que les Ashwarya et autres Preity soient dénuées   d’intérêt, simplement Rani s’inscrit avec une évidence plus grande dans son époque, qu’elle incarne, semble-t-il, avec toute l’énergie qui anime l’Inde en ce début de millénaire.

Rani ne semble en effet jamais aussi juste que lorsqu’elle fait corps avec le quotidien comme c’est le cas dans Hum Tum, Yuva ou plus récemment encore dans Tara Rum Pum, où ses prestations accordent avec grâce et inspiration l’intensité dramatique et l’intime. Son jeu, a priori sans filet, semble, alors, ne s’accommoder que peu du travail de composition pour se rapprocher, au moins dans le résultat de la méthode en vigueur à l’actor studio.  L’Enfant de la balle, né à Calcutta, ramène à elle, les personnages qu’elle s’applique à faire sien. L’intime évoqué précédemment s’exprimant alors que le jeu en apnée s’évade étirant son souffle jusqu’à la faille ou l’espace d’un instant, d’une expression, d’une mimique ou d’un de ses doux déraillements dans la voix, le corps, tout son être, semble, relâché qu’il est, prendre le dessus sur toutes autres formes de maitrise pour s’abandonner à la scène et à son émotion. Le trouble qu’il est possible de ressentir nait, en ces instants de magie, du manque de distance entre Rani et son rôle. Il suffit, pour ça, d’un sourire, d’une œillade et la pellicule masque de fiction en celluloïd, s’efface et laisse le champ libre à la vie qui dans sa plus juste expression s’exprime au-delà des mots ou de toute posture dans le fait d’être. L’énergie que Rani déploie à chacune de ses prestations rapprochant ses interprétations jusque dans l’adorable trahison que s’arroge l’émotion en officiant sur les cordes vocales, d’une Jodie Foster.

L’excellence de ce jeu, à toutefois son revers, et la menace si elle ne se fait encore sentir n’est pour autant pas difficile à envisager. La menace la plus évidente qui à l’horizon peut la trahir est à l’évidence la redite, le fait de s’enfermer ou plus sûrement encore qu’on la cantonne toujours dans le même type de registre jusqu’à ce qu’elle s’asphyxie à toujours incarner, même si c’est bien fait, la modernité d’une femme indienne, qui s’affranchit le plus souvent par amour des contraintes d’un monde, qui à la dent dur, vieilli.

La fontaine de jouvence et son open bar, dont s’accommode, et de manière pas toujours très habile, le cinéma indien peut en effet montrer quelques ratés, à trop vouloir exploiter ses stars.  Rani, n’est pas exempte du problème, Veer Zara en étant sans doute le plus bel exemple. La nature de son travail est fragile, puisqu’il nait de l’adéquation qu’il peut y avoir entre elle et les personnages qu’elle investit. Heureusement la lucidité avec laquelle elle mène sa barque la conduit vers des rôles plus adultes où la proximité entre elle et son rôle appelle un autre type de jeu. Une interprétation dans laquelle la composition rentre forcément en ligne de compte comme c’est le cas dans Black ou Veer Zara par exemple. Heureusement pour nous, l’ouverture de sa palette, ne semble que peu, pour l’instant, modifier son approche et l’investissement qu’elle met à défendre ses rôles. La partition, qu’en d’autre lieu on dirait à oscar et auquel Rani donne vie dans Black en est l’exemple parfait, car sa prestation s’il elle peut paraître à certain moment exagérée, ne manque pas pour autant de la magie qui signe le travail de la belle et ce, il faut le signaler sans l’usage, (on l’entend tout de même en off), de sa voix.

Peut être plus encore qu’à Hollywood, les acteurs indiens sont soumis à un petit jeu de cotation en fonction duquel ilS apparaissent plus ou moins influents et surtout « bancables ». Hors à jeu, Rani est, là aussi, la grande gagnante. Résultat, deux des films les plus importants du moment l’emploient et son carnet de bal au-delà de cette double actualité, se porte pour elle à merveille. Sa douce voix, pour notre plus grand plaisir, n’est donc pas prête de s’éteindre. Et le firmament de Bollywood en sa compagnie de briller.

 

Pour information Les trois dernières photos sont issues de Laaga Chuna mein daag, film qui doit sortir le mois prochain en Inde et dont la campagne de promotion a déjà bien commencer.

 

Filmographie


-Saawariya (2007)
-Laaga Chunari Mein Daag (2007)
-Ta Ra Rum Pum (2007)
-Baabul (2006)
-Kabhi Alvida Naa Kehna (2006)
-The Rising: Ballad of Mangal Pandey (2005)
-Paheli (2005)
-Bunty Aur Babli (2005)
-Black (2005)
-Veer-Zaara (2004)
-Hum Tum (2004)
-Yuva (2004)
-LOC: Kargil (2003)
-Kal Ho Naa Ho (2003)
-Chori Chori (2003)
-Calcutta Mail (2003)
-Chalte Chalte (2003)
-Chalo Ishq Ladaaye (2002)
-Saathiya (2002)
-Mujhse Dosti Karoge! (2002)
-Pyaar Diwana Hota Hai (2002)
-Kabhi Khushi Kabhie Gham... (2001)
-Nayak: The Real Hero (2001)
-Bas Itna Sa Khwaab Hai (2001)
-Chori Chori Chupke Chupke (2001)
-Kahin Pyaar Na Ho Jaaye (2000)
-Har Dil Jo Pyar Karega... (2000)
-Bichhoo (2000)
-Hadh Kar Di Aapne (2000)
-Hey Ram (2000)
-Badal (2000)
-Hello Brother (1999)
-Mann (1999)
-Mehndi (1998)
-Kuch Kuch Hota Hai (1998)
-Ghulam (1998)
-Raja Ki Ayegi Baraat (1997)