Laaga Chunari Mein Daag, Journey of woman

rani mukherjee

Le film s’il prend des pincettes et s’inscrit définitivement dans le cadre extrêmement codifié du Bollywood Movie se révèle toutefois une ode à la tolérance qui bouleverse les codes traditionnels pour s’inscrire dans une certaine modernité, loin des théories usuelles sur la pureté et les exigences que supposent l’honneur de la famille. Il montre ainsi que la réalité, qui n’a que faire des a priori ou des « on dit », peut vous rattraper et vous amener à faire des choix qui au départ ne sont pas vraiment les votre. Entièrement construit autour du personnage joué par Rani Mukherjee, Laaga Chunari Mein Daag, à l’instar d’une éclipse de lune est pure lumière, avant de sombrer dans une obscurité dont la beauté est saisissante et enfin revenir peu à peu à la lumière et une certaine forme de normalité.

L’histoire en deux mots, tout n’est que joie pour les deux sœurs, qui insouciantes ignore tout des soucis d’argent de leurs parents. Le problème devenant trop important, il devient impossible de le masquer à Badki, la plus grande qui, le numéro d’une seule connaissance en poche décide de tenter sa chance à Mumbai, afin de contribuer à sa manière aux efforts financiers que font ses parents. La capitale économique se révèle toutefois moins hospitalière qu’espéré et après quelques petit boulot, elle devient Escort-Girl, gagne ainsi extrêmement bien sa vie, mais son métier s’il permet de faire vivre sa famille et d’offrir à sa petite sœur l’occasion de faire des études, n’est pas de ceux dont on se vante. Badki pour sa famille, elle est Natacha pour les clients fortunés qui réclament ses services.

Soutenu par une brochette d’acteur confirmé, autour de la belle, Journey of woman est une production à l’esthétique léchée dont chaque plan loin de rechercher le réaliste, l’exacerbe. Tout de la lumière, aux décors en passant par la garde robes des un et des autres, fleurent, en effet, bon le « bigger than life », cher aux productions bombayites. Les parents on de lourds problèmes d’argent, mais vivent à Vârânasî dans une haveli à tomber qui surplombe le Gange. Le film à son quart d’heure romantique en suisse, une ouverture en chanson dans les vieilles rues et sur les ghats de Bénarès et ce termine comme il se doit, par un mariage. Le cadre connu, le film peut alors se permettre de gentiment balader son public et l’amener à considérer le personnage joué par Rani, non comme une prostituée, mais comme le soutient financier de toute une famille qui doit, au moins au départ, se faire violence avant d’accepter d’endosser son rôle d’escort. Le choix qu’elle fait a des avantages, elle gagne beaucoup d’argent et navigue dans le beau monde, mais en même temps plus Natacha, son avatar professionnel, gagne en importance, plus Badki doit au contraire s’effacer, se renier, pour que paradoxalement, son nom, sa famille continue à exister, sans se compromettre et permettre à sa jeune sœur de se réaliser, à tout les niveaux, comme si se devait être, là, une revanche de la vie sur le Karma. Toujours extrêmement travaillé pour ne pas dire esthétisante, « la descente au enfer » ou du moins la prise conscience du manque de solution qu’a le personnage joué par Rani, est une sorte de chrysalide de laquelle éclot un papillon de nuit à la divine sophistication. Natacha est, et envoute les âmes masculines en mal de compagnie. Saris ou robes, le changement est radical et donne l’occasion d’assister au réveil de la vampe qui sommeillait en Rani Mukherjee, qui du haut de ses talons semble oublier pour un temps la « simplicité » qui à fait sa marque de fabrique. Son personnage de Natacha s’il peut apparaître par moment un rien corseté, se révèle, toutefois, n’être que le masque parfait derrière lequel se cache la sensibilité et les tourments de Badki.

Le film s’il n’évite pas quelques grosses ficelles, favorise toutefois l’intelligence des ressorts dramatiques, plus que le psychodrame, l’une semblant le remède à l’autre. La conclusion, que je prend bien soin de ne pas vous raconter, montrant que les lignes peuvent bouger et une plus grande tolérance triompher. Un beau film donc, qui sur un canevas, qui peut apparaître, au premier abord, classique mais trouve toutefois sa voie et nous y embarque pour plus de 2H30 d’un show étincelant.